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PARROTSA

untitled, (macaw), 2017
untitled, (Red-breasted Parakeet), 2017
untitled, (conure soleil), 2017
untitled, (yellow-crowned amazon), 2017
at Lieu Commun, Toulouse

La Galerie Derouillon a pris des allures de jungle avec l’exposition personnelle d’Annabelle Arlie, qui a peuplé pour l’occasion l’espace de la galerie d’une forêt tropicale composée notamment de singes et oiseaux exotiques.
Cette jungle est pourtant bien sage, pour ne pas dire complètement immobile et silencieuse : les perroquets et autres primates sont muets, montés sur des pattes en plastique et prothèses artificielles, les soudant de part et d’autre de l’espace. Les animaux sont réduits à n’être que leurs propres portraits 2D, de même que la forêt, compressée en tapisserie murale.
Annabelle Arlie représente la nature comme si elle n’existait déjà plus. Derrière la main de l’artiste, on imagine un univers de transhumains qui recréent de manière artificielle un trans-environement, où les technologies sont utilisées pour compléter et recréer les éléments de la forêt tropicale. Cette incrustation de la technique dans la nature révèle un paradis d’or perdu : faune, flore et traditions sont statiques, inactivables. Leurs sens et significations ont été oubliés, comme en atteste le métier à tisser, miniature et accroché au mur, ou encore ce qui apparait être des sièges en rotin, suspendus au plafond.
Entre l’exposition et ses publics, la temporalité diffère ; l’artiste se fait archéologue du futur en recomposant images et souvenirs d’un monde qui est déjà anéanti et transformé. Muséographe anticipatrice, Annabelle Arlie questionne de fait la mise en exposition des éléments du passé. Si la mise en scène est réalisée avec soin –comme ce perroquet trônant dans un coin du plafond de la galerie- le sens s’est quant à lui perdu au sein de cette immobilité froide. Nous évoluons alors dans une véritable banque d’images, sans queue ni tête, ces dernières étant construites à l’aide de supports en plastique et extensions technologiques. La temporalité du visiteur serait celle des prémices de la décrépitude de nos environnements et traditions. La perte de sens commence quand, par exemple, les images d’espèces d’animaux en voie d’extinction, s’ils ne sont pas d’ores et déjà disparus, survivent par le biais de leur utilisation à des vues publicitaires. Ces portraits d’espèces rares et spécifiques circulent en effet dans le monde entier, par le simple fait qu’ils ont été choisis comme image de marques pour représenter des cartouches d’encre. Comble du sort, l’encre contribue justement à l’extinction de ces espèces : la production d’une seule cartouche consomme plusieurs millilitres ou litres de pétrole, et une fois usagées, elles deviennent des déchets aux composants toxiques pour l’environnent et nocifs pour la santé. Le monde est RGB quand l’image devient indépendante de son propre sens originel.
Texte Laëtitia Toulout pour Point contemporain

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